Nestor, l'assistant personnel made in France
Je me suis lancé il y a quelques semaines dans la création de Nestor, un assistant personnel virtuel dédié aux chefs d'entreprise.
La motivation de démarrer un tel projet vient d'un problème que je connais bien : quand on la charge de gérer une entreprise, même de petite taille, l'attention est une ressource rare et à préserver. Les sujets annexes sont parfois simples et rapides à traiter, mais accumulés, ces changements de contexte permanents représentent une charge cognitive importante. Autant d'énergie qui n'est pas allouée à l'essentiel ; qu'il soit professionnel ou qu'il relève de la vie personnelle du dirigeant.
Quand la situation financière le permet, un(e) assistant(e) de direction permet de soulager la personne aux commandes... Mais un tel poste à plein temps représente une charge importante, que j'estime au minimum à 4000€ par mois (rémunération brute, cotisations sociales, etc.)
Il n'est pas question de dire qu'une machine va pouvoir se substituer intégralement à une personne. C'est un récit qui gagne en popularité récemment, mais pour lequel j'émets de sérieuses réserves : il me semble que ce discours confond tâches et métiers (mais c'est un sujet à creuser une autre fois).
J'ai plutôt envie d'aborder le problème sous un autre angle : pour 25, 50 ou 100 fois moins cher que ce que coûterait un recrutement, quels sont les résultats envisageable avec les technologies de 2026 ? Si le gain de productivité apporté par un assistant virtuel est 10 fois moins important que celui apporté par un humain qui tient le même rôle, mais que son coût est 50 fois moins élevé, que se passe-t-il ?
À budget constant, l'assistant virtuel génère 5 fois plus de valeur.
Quand le budget est illimité, cet argument est faible : on préférera souvent maximiser la valeur reçue. Mais pour la plupart des petites organisations, le budget est souvent la contrainte qui domine les choix économiques. Et alors, un agent IA tel que Nestor devient :
- dans le pire des cas, un service qui a une performance valeur/coût significativement plus avantageuse que la solution alternative;
- dans le meilleur des cas, une offre de service accessible, là où l'usage de solutions alternatives était inenvisageable.
En résumé, pour ceux qui ont un budget contraint, c'est soit l'accès à un luxe sinon inaccessible, soit un retour sur investissement démultiplié.
"OK, mais pourquoi ne pas utiliser X ou Y?" Tout simplement car, à ma connaissance, aucune offre actuelle ne satisfait un critère qui me parait non-négociable.
Nestor n'est pas "un agent IA de plus"
Depuis des années, j'ai la conviction qu'il est dangereux pour les entreprises Européennes de dépendre aussi fortement de fournisseurs américains pour réaliser leurs opérations. C'était un sujet qui me tenait à cœur déjà chez nibble, l'entreprise que j'ai fondée en 2019 et que j'ai quittée en début d'année. Alors qu'on nous prenait pour de gentils fou-fous il y a 6 ou 7 ans, on constate ces derniers temps une prise de conscience quant à la menace réelle que représente cette dépendance, et une volonté de la réduire.
Je pense que c'est une très bonne chose.
Cette conviction profonde est ma motivation à construire un produit qui offrira un privilège et une garantie assez rares en Europe pour être soulignés : pas un seul bit de leur données ne touchera les systèmes informatiques d'une entreprise américaine.
Il ne s'agit pas d'adopter une posture idéologique, mais d'être pragmatique. Si, comme la plupart des PME en France, vous dépendez déjà de Google ou Microsoft pour certains de vos services (emails, calendrier, bureautique...), pas de problème : Nestor aura la capacité de s'interfacer avec ces services. La promesse est ailleurs : je veux garantir aux futurs utilisateurs qu'avec Nestor, qu'ils n'ajouteront aucune dépendance, même indirecte1, à une entreprise extra-Européenne.
À ce stade, j'envisage deux offres qui pourraient cohabiter.
Offre standard : la souveraineté au centre du produit, sans concession sur la qualité
Dans ce cas de figure, le logiciel est fourni "as a service".
Le système d'orchestration, l'interface Web, les bases de données, etc. seront hébergés sur du matériel localisé en France, et géré par des entreprises françaises. L'inférence (c'est à dire l'exécution du modèle d'IA, qui produit du texte en réponse à une requête) sera réalisée sur du matériel européens2, géré par des entreprises européennes.
L'administration et la gestion de ces serveurs sera faite intégralement par moi-même (avec l'aide de mon assistant virtuel, bien entendu) puis par des personnes de mon équipe si le besoin de recruter émerge.
Les modèles d'IA utilisés seront des modèles sous licence libre, autorisant un déploiement sur n'importe quelle infrastructure, sans restriction d'utilisation, et sans aucune intrusion tierce dans la confidentialité des données partagées entre un utilisateur et le service. Contrairement à ce qu'essayent de faire croire les AI labs américains qui misent sur leur écosystème fermé pour justifier les investissements astronomiques, ces modèles ouverts font plus que rivaliser avec leurs concurrents "fermés" en termes de performance.
Offre avancée : confidentialité renforcée
Ici, tous les composants du système sont identiques à l'offre décrite ci-dessus. La différence se fait au niveau du déploiement : le modèle de langage, le logiciel, les bases de données, etc. sont déployés chez le client, dans son réseau privé (possiblement coupé d'Internet). Aucune donnée ne quitte le réseau interne de l'entreprise cliente, pas même pour être traitée sur nos serveurs français.
Le bon fonctionnement du matériel reste cependant sous notre responsabilité, via un service de location de machines et des contrats de maintenance3.
Résultat : un meilleur contrôle sur les données sensibles de l'entreprise, des risques de fuites ou de de pillage de propriété intellectuelle drastiquement réduits, une meilleure résilience opérationnelle...
Ces bénéfices sont d'habitudes réservés aux grandes entreprises, ayant des capacités d'investissement significatives. Mon objectif est de démocratiser ces pratiques nécessaires à l'émergence d'une souveraineté technologique européenne.
Au travail !
J'ai l'expérience et le savoir-faire pour mettre en oeuvre ce plan4. Je suis très enthousiaste à l'idée de relever ce challenge.
Comme par le passé, je lance cette initiative en auto-financement, sans investisseur. Alors que les géants de l'IA vendent à des prix subventionnés pour capter puis séquestrer leur audience, Nestor sera proposé à un prix juste, respectant les équilibres économiques élémentaires. La tarification sera abordable malgré tout : je souhaite proposer l'offre d'entrée de gamme à 29€ par mois.
En résumé, voici les piliers sur lesquels je souhaite construire et développer Nestor :
- 🇪🇺 Souveraineté - La chaîne de valeur sera intégralement européenne, au service des citoyens européens et de la croissance économique de l'Europe.
- 🔐 Confidentialité - Là où les grandes entreprises de la technologie rivalisent de créativité pour piller vos données à leur profit, le modèle d'affaire de Nestor est simple : un prix payé en échange d'un service rendu. Rien de plus.
- ⭐ Qualité - La valeur ajoutée et le retour sur investissement ne sont pas négociables, malgré les contraintes citées plus haut. À l'ère de ChatGPT, les attentes des clients sont élevées et il n'est pas envisageable de ne pas être à la hauteur.
- 🤝 Proximité - Les machines nous apportent des services précieux, mais ne remplacent pas les liens humains. Je souhaite renforcer ce lien dans le service entre un fournisseur et un client. Ce project se veut local, avec une équipe accessible.
- 🟢 Simplicité - La complexité implique friction, frustration, mauvais rendement... Je détaillerai plus tard ce que j'ai en tête éviter ce piège.
Nestor est actuellement en phase de développement. Je commence à l'utiliser personnellement pour quelques petites tâches simples, et j'augmente semaine après semaines ses capacités.
L'objectif est de pouvoir servir ses premiers utilisateurs à l'été 2026.
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Mistral, entreprise de droit français, déploie ses services en partie sur les infrastructures de Microsoft Azure et de Google Cloud Platform. Indirectement, utiliser les services Mistral revient donc à utiliser des services américains, par le biais des fournisseurs que Mistral a choisi. Il ne s'agit pas ici de blamer les choix d'infrastructure de Mistral : monter un système d'IA de cette envergure en se privant des hyperscalers Américains est quasi-impossible aujourd'hui. Mais pour ma part, n'ayant pas les mêmes contraintes qu'eux, je peux me permettre de réfléchir en dehors du cadre orthodoxe. ↩︎
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Les serveurs d'inférence seront français dans la mesure du possible, mais l'offre de serveur adaptés à l'IA est tellement sous contrainte qu'il est nécessaire d'étendre la liste des fournisseurs potentiels à l'Union Européenne. La finalité reste la même : une souveraineté sans concession face aux géants basés en dehors de l'Europe. ↩︎
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Les modèles de langage assez performants pour propulser un système d'assistant personnel tel que Nestor nécessitent des capacités de calcul et de stockage très spécifiques. Impossible à ce jour de faire tourner un tel système sur du matériel grand public "classique". ↩︎
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Chez nibble, j'avais notamment pris la responsabilité de gérer une infrastructure de serveurs localisés en Europe. En 2020-2021, j'ai entrepris de déplacer notre infrastructure hébergée alors chez Amazon Web Services, entreprise américaine, vers Scaleway, entreprise française. Je n'ai jamais regretté cette transition, bien au contraire ; c'était devenu au fil des ans une décision dont nous étions fiers. Cela rendait notre discours sur l'importance d'une souveraineté technologique européenne cohérent. ↩︎